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Le mot d'intro

"Quand Agnès travaillait peu, quand j'étais encore plus connu qu'elle, les gens s'asseyaient littéralement sur sa tête pour me parler. Nous sourions de voir aujourd'hui combien les choses ont changé, combien les mêmes ont changé d'attitude. Quant à moi, j'ai toujours attendu qu'elle ait du succès. Elle le mérite." JEAN-PIERRE BACRI

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21 septembre 2007 5 21 /09 /septembre /2007 08:18

Un temps prévu pour Agnès Jaoui, «La Vérité ou presque» a finalement été réalisé par son ami Sam Karmann. Après «Kennedy et moi» et «A la Petite Semaine», celui-ci prouve à nouveau qu'il vaut mieux que son rôle dans «Navarro».

 

En panne dans à peu près tous les registres de son cinéma populaire - ah, les comédies de Christian Clavier! ah, les polars de Luc Besson! -, la France se replie sur la comédie chorale, ordinairement sentimentale, autour d'un groupe de névrosés du cœur. Le succès hors normes du Goût des autres d'Agnès Jaoui a évidemment conforté la profession à investir dans ce genre, sauf que celle-ci semble le plus souvent confondre les films de Claude Lelouch avec les scénarios ciselés par le couple Bacri-Jaoui. La preuve avec le navet qui représentait l'honneur hexagonal aux Oscars en début d'année: Fauteuils d'orchestre de Danièle Thompson. La preuve aussi avec le plus gros battage marketing du métro parisien en ce moment: Le Cœur des hommes 2 de Marc Esposito.

Que vaut La Vérité ou presque dans ce refuge de la médiocrité? Mieux que son titre, à faire fuir, encore qu'un Marc Lévy, avec à peine moins d'inspiration, remporte des succès de librairie phénoménaux. Mieux que son titre, donc, d'abord grâce à la bonne nature de son auteur, l'étonnant Sam Karmann.

Acteur sous-fifre de Roger Hanin dans la série Navarro depuis des lustres, Sam Karmann s'est dédoublé pour entamer une carrière d'auteur-réalisateur-interprète. Bien lui en a pris puisqu'il a remporté un Oscar du meilleur court-métrage (en 1992 pour l'hilarant Omnibus) avant de remporter un joli succès d'estime avec Kennedy et moi en 1999. Autant de pièces honorables qui le relient à la communauté d'esprit Bacri-Jaoui, pour lesquels il a joué dans Le Goût des autres.

De fait, La Vérité ou presque est d'abord un roman, True Enough, que Stephen McCauley avait écrit par admiration pour Agnès Jaoui, et que cette dernière, un temps engagée dans le projet d'adaptation, a fini par céder à Sam Karmann. A priori pourtant, il s'agit bien du méli-mélo craint et qui se déroule à Lyon: Anne, l'héroïne (Karin Viard), journaliste TV stressée que son mari attentionné (Sam Karmann) ne touche plus, couche toujours avec son ex (François Cluzet) qui, lui, délaisse sa nouvelle épouse enceinte (Julie Delarme). Bref, la médiocrité à tous les registres, tellement banale qu'elle paraît tirée d'un quiz d'été «où chacun se reconnaîtra» (êtes-vous prêt à accueillir un bébé? pourquoi je suis encore amoureuse de mon ex-mari? etc.). Une Danièle Thompson s'en tiendrait là. Pas Sam Karmann, qui peut se reposer sur l'intrigue de Stephen McCauley, quasiment celle d'un polar. Celle-ci intervient en la personne d'un homme qui sait bien que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, un universitaire homosexuel (André Dussollier) qui débarque à Lyon et sème la zizanie dans ce microcosme. Involontairement: il est en ville pour écrire la biographie d'une chanteuse de la région, Pauline Anderton, qui a connu son heure de gloire dans l'après-guerre, mais a disparu depuis...

Ce fil rouge, marque d'affection de Sam Karmann pour le jazz, possède une double fonction: maintenir l'intérêt au-delà du seul chassé-croisé amoureux et inscrire les personnages dans leur rapport au passé et à une certaine mélancolie. Ou non. Car il en va du bonheur des uns et des autres selon cette seule question: vivre dans le passé, le présent ou le futur?

Le pire spécimen, Marc, l'ex- mari d'Anne, entrepreneur véreux, tente de tout vivre en même temps, de s'arranger avec le mensonge plutôt qu'avec la vérité. Personnage secondaire qui ne laisse plus la moindre chance au «presque», il marque le film par sa fourberie absolue. Il en est même son point fort, au point que la caméra pourrait ne s'intéresser qu'à lui. Il est surtout incarné par François Cluzet. César du meilleur acteur en début d'année pour sa prestation dans Ne le dis à personne de Guillaume Canet, le comédien maintient son état de grâce.

Il était temps: voilà trente ans que l'acteur, 51 ans, trimballe sa folie douce sur les écrans et sur les planches, éternel adolescent poussé à se lancer dans ce métier après la vision de Spencer Tracy dans Dr Jekyll and Mr Hyde. Révélé par Cocktail Molotov de Diane Kurys en 1980, il aura été l'un des acteurs fétiches de Claude Chabrol (Le Cheval d'orgueil, Les Fantômes du chapelier, Une Affaire de femmes, L'Enfer, Rien ne va plus) et aura multiplié les rôles forts, de L'Eté meurtrier de Jean Becker à Vive la sociale de Gérard Mordillat, de Force majeure de Pierre Jolivet à Autour de minuit de Bertrand Tavernier, des Apprentis de Pierre Salvadori à Janis et John de Samuel Benchetrit, avant d'éclater enfin et d'obtenir une reconnaissance à la hauteur de son talent. Ne serait-ce que pour lui rendre justice, La Vérité ou presque mérite le détour.

La Vérité ou presque, de Sam Karmann (France 2007), avec Karin Viard, André Dussollier, François Cluzet, Sam Karmann, Brigitte Catillon, Julie Delarme. 1h35. Pour visiter le site officiel du film cliquez ici

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Published by Agnès Jaoui le blog Alice éclypsis - dans Ses participations
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commentaires

lemesle 25/09/2007 10:29

Malheureusement j'ai été un peu dessus du nouveau de Sam Karman, une petite visite de la ville de Lyon, des acteurs impeccables avec beaucoup de tendresse, une intrigue intéressante mais il manque à mon goût un petit quelque chose... j'ai adoré à la petite semaine et Kennedy et moi.
Je recommande le film de Brigittte Leny avec Ceux qui restent, émouvant, pas de pathos, filmé avec beaucoup de pudeur. Et on ne s'intéresse pas forcement aux proches qui souffrent. Wahoo, que d'émotion donc encore bravo!!!!!
Et je finirais en étant agréablement étonné que la société A4 puisse aujourd'hui produire autant de long métrages .. parce que si je ne me trompe avec un le Goût des autres, elle était coproducteur avec Charles Gassot et en 7 ans (un peu +) la société A4 devient une société de production à part entière.